Vers la fin des années 1950 CHOMO met au point le « langage parallèle ». Il devient « +rOgé chOmO + » et développe une écriture phonétique sous l’effet d’une rencontre avec le poète André Vernier, dit ALTAGOR (1915-1992). Ancien mineur, d’origine populaire comme Chomeaux, mais autodidacte et inventaire, en 1948, de la « métapoésie », Altagor est un adepte de la « poésie »sonore et de la « parole transformelle ». Lettriste sans les avoir, il déclame de longue tirade en « langage abstrait », qu’il retravaille sur un magnétophone acheté en 1953. c’est sous l’influence de cette rencontre que Roger Chomeaux va devenir CHOMO et s’engager délibérément dans la voire d’une culture parallèle, anti-bourgeoise et retournant aux sources de la nature.
Aux hommes de la terre remuée Pénétrer à tout prix le coeur pur des simples.
À ceux qui n'ont d'autre ambition que de faire germer la graine.
À ceux qui ont des femmes qui arrosent les fleurs
et bercent les petits qui bavent des aurores.
Aux effacés.
À ceux qui rentrent le soir couverts de terre dorée
aux odeurs de moisson et de chaume penché.
Aux sans titre de noblesse
Aux sans couronne lourde à porter
Aux sans gloire apparente
Aux têtes penchées quand se couche la lumière
là-bas où la pensée et la mémoire se perdent.
Devant ceux qui nourrissent le monde
je m'incline et me tais.
Le signe des quatre chemins Femme ne pleure pas.
Aie pitié de l'amant qui descend les marches du tombeau.
Retiens la larme qui pourrait altérer ton maquillage.
Souviens-toi des langes mouillés
quand tu chantais le bonheur de vivre.
Tu débordais d'amour pour les plus petites choses.
Tu retenais les pétales de roses épuisés
avec une aiguille d'or et des fils de soie.
Avec ton petit panier tu ramassais les feuilles précoces d'automne
qui jaunissaient
car ton coeur d'ange ne supportait pas l'altération des choses.
C'était un autre temps.
Aujourd'hui pour moi
les oiseaux se sont tus
les fleurs se sont fanées
ta robe s'est trouée.
Il fait froid dans mon âme
et je suis l'amant
qui descend les marches du tombeau.
Tu m'as donné ta jeunesse
je t'ai donné mon univers.
Aujourd'hui il faut fermer les portes du rêve.
Toi celles du tombeau.
Le vent a fait tomber la vieille croix du cimetière.
Elle t'offre ses quatre chemins.
Lequel vas-tu choisir ?
Le soleil appelle.
Remaquille-toi
et choisis la vie.
(1990)
La vérité qui attend la vie à l'entrée des refuges Être
de nature sauvage
qui ne porte pas de nom
qu'il ne faut plus tuer.
Ne pas avoir rencontré la fleur qui s'était faite si belle
morte de n'avoir pas été vue.
Les arbres nous regardent quand ils n'ont plus de feuilles.
Avoir jeté vos lins de jouissance
au regard des affamés d'amour.
Pensée d'un autre monde qui peut se concrétiser dans la prière.
Vivifiante gardienne des murailles écroulées
qui garde le passage du rêve éveillé
respirez quand même dans le ciel étoilé.
Gardez-vous comme ami le bleu secret des nuits.
Écoutez les silences.
C'est là
que se dépensent les plus nobles pensées
la note du crapaud que l'on entend seulement
quand le coeur est blessé et que les cheveux tombent.
La terre qui appelle
ne semble plus étrangère à l'empreinte du corps.
Au loin
les cloches des années répètent sans mémoire
et fossilisent nos âmes.
L'âne dans son fumier humide brame.
Le coq plus profondément enfonce sa tête
dans ses plumes noires
pour oublier ce que les hommes ont fait de sa peau.
La chouette fait sa visite nocturne
et il faut s'endormir
pour un autre matin.