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FILMS : LE DEBARQUEMENT SPIRITUEL

Le Débarquement spirituel - Images de lumière

À quatre-vingt-deux ans, Chomo entreprend une nouvelle œuvre d’art total : il met en scène son “film”, le dernier, celui que l’on voit en accéléré quand on va mourir. C’est pour lui une manière unique de faire retour et cosmogénèse, de faire revivre le grand ouvrage de sa vie et de se ressusciter : “Tout a une fin... Non, tout a une suite!” Dans le jaillissement d’un inventaire d’œuvres, il veut offrir une vision in situ saisissante du débarquement spirituel de son univers, un cosmodrome lumineux, face à face halluciné avec ses doubles. L’aventure très expérimentale partagée avec le réalisateur à la caméra persévéra deux années durant en tournage nocturne. Avec la pratique d’une dérive concrète, spontanée, en état de surprise permanent révélateur du processus de création propre à Chomo. Cette possibilité de se mouvoir d’œuvre en œuvre comme on va d’île en île, de “s’embarquer” vers une planète autre, un ailleurs absolu. 


Car Chomo se considère comme créateur non de “formes artistiques” mais de “formes de vie” et d’“images de lumière”. Cette matière/images de lumière, véhicule de visions intérieures, rêve aussi, mutante, en perpétuel déplacement par engendrements continués, imprégnation et contamination des matériaux entre eux qui alors se font et se défont, inventent de nouveaux rapports créant des “images d’esprit” imprévues comme il y a des mots d’esprit. Alors surgissent des singularités concrètes inattendues, étincelles du rapprochement de plusieurs réalités semblables ou différentes, et rompant les interdits. “Noces éternelles…” 


Sortant du noir ambiant de la forêt, certains plans subissent directement à la prise de vue jusqu’à quatre ou cinq surimpressions associatives mystérieuses. Parfois la surexposition est si intense et aveuglante que l’effacement destruction des images est inévitable. Et si trouant l’obscurité, l’éclair des “images-blanches” des arrêts-caméra est conservé au montage, c’est en rappel obsédant et forcené du blanc sépulcral qui fascinait Chomo. 


Le dispositif scénique que Roger Chomeaux a édifié autour de lui en cinquante ans, est ainsi un authentique contre-monde parallèle, nostalgie d’une harmonie cosmique perdue : là devenu Chomo en son Royaume, il ratifie la rupture et dysharmonie dont il est le pur produit. Récepteur, trans-metteur-en-scène et fixateur d’une quête poétique quasiment cosmique, pris dans une double spirale reliant ciel et terre, visible et invisible, sa médiumnité le transforme en un vaste champ d’induction où règne la plus haute tension : où se rapprochent, se mêlent, s’échangent des énergies complémentaires et contradictoires. “Je suis gouverné par les forces cosmiques.” 

Un film de CHOMO,
avec la contribution de Clovis Prévost, Claude Clavel et Jean-Pierre Nadeau
France 1988-1991 40 min vidéo
Source : UTOPIA


Rouillac

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